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Présidentielle 2027 : ce que contiennent vraiment les programmes IA des candidats (et leurs angles morts)

Entre investissements colossaux, automatisation des services publics et régulation des Big Tech, les candidats dévoilent des stratégies diamétralement opposées. Analyse.
Présidentielle 2027 : ce que contiennent vraiment les programmes IA des candidats (et leurs angles morts)
Entre investissements colossaux, automatisation des services publics et régulation des Big Tech, les candidats dévoilent des stratégies diamétralement opposées. Analyse.
Publié le 16/09/2026 à 18:06 | Mis à jour le 16/09/2026 à 18:09
Pour la première fois dans l'histoire politique française, l'intelligence artificielle n'est plus un petit paragraphe placé en bas de page d'un programme à rallonge. À l'approche de l'élection présidentielle de 2027, l'IA s'impose pour nombre de candidats comme un argument électoral où se croisent commande publique, transformation de l'État et avenir du travail.
Mais derrière le mot d'ordre transpartisan de souveraineté technologique, les candidats déploient des visions budgétaires, idéologiques et réglementaires fort divergentes. Décryptage complet des forces en présence.
La course aux milliards et à l'efficacité industrielle (le Centre & la Droite)
Gabriel Attal (Renaissance) : 200 milliards d'euros d'investissement et accélérationnisme économique
Gabriel Attal propose le plan financier le plus massif de la campagne à date, baptisé « France 2040 pour l'IA et l'innovation », doté de 200 milliards d'euros sur dix ans selon Les Échos. Ce financement repose sur une parité de 100 milliards d'euros de crédits publics et 100 milliards d'euros d'investissements privés.
Il propose également la création d'un crédit d'impôt productivité pour accélérer l'adoption de l'IA au sein des PME et ETI. Par ailleurs, il souhaite une garantie de stabilité tarifaire de l'électricité sur cinq ans pour les data centers.
Sur le plan européen, il réclame aussi une « PAC de l'IA » adossée à un endettement commun pour porter la puissance de calcul continentale de 3 % à 20 % du niveau mondial, tout en plaidant pour un assouplissement de l'AI Act européen qu'il juge trop contraignant pour la liberté d'entreprendre. Son programme inclut enfin la formation de 20 millions de salariés à l'IA d'ici 2030.
Bruno Retailleau (Les Républicains) : l'agent IA « Marianne » et le non-remplacement de 125 000 fonctionnaires
Dévoilé au Machina Summit à Station F, le plan de Bruno Retailleau s'élève à 25 milliards d'euros sur cinq ans (5 Md€/an) avec l'objectif d'engendrer 15 milliards d'euros d'économies annuelles pour l'État, selon Maddyness.
La pierre angulaire de son projet côté institution repose sur la création d'un ministère de plein exercice dédié à l'IA, d'un poste de CTO de l'État, et le déploiement d'un assistant administratif unique baptisé « Marianne ». Grâce à l'automatisation des tâches administratives et du back-office, Bruno Retailleau ambitionne d'absorber la charge de travail de 250 000 à 300 000 postes d'agents publics.
Côté infrastructures, il prône l'hébergement souverain obligatoire sous qualification SecNumCloud, le déploiement de data centers (1 GW en 2030, 4 GW entre 2035 et 2038), la généralisation de la vidéosurveillance intelligente et des drones de détection des feux de forêt.
Il propose enfin un Buy European First Act et réclame une dérogation de trois ans sur le RGPD et l'AI Act pour les secteurs stratégiques.
Édouard Philippe (Horizons) : Capacités de calcul, énergie et Buy European Tech Act
Édouard Philippe adopte une approche axée sur les infrastructures industrielles. Son projet fixe pour objectif de doubler les capacités de calcul françaises et européennes en cinq ans et de flécher en priorité l'électricité décarbonée vers les acteurs technologiques européens, selon ITforBusiness.
Il propose par ailleurs l'instauration d'un Buy European Tech Act pour regrouper la commande publique européenne et consolider des champions comme Mistral, mentionne La Dépêche.
Sur le volet des compétences et de l'emploi, il souhaite porter la formation des ingénieurs de 40 000 à 100 000 par an et créer un droit à la reconversion professionnelle pour les salariés dont les emplois sont menacés par l'automatisation.
2. La gauche : régulation, communs numériques et lutte anti-Big Tech
Jean-Luc Mélenchon (La France Insoumise) : « protectorat humain » et cloud public
Jean-Luc Mélenchon articule son programme autour de la doctrine de la « pensée artificielle sous protectorat humain » pour contrecarrer la prise en main du secteur par les géants américains du « techno-féodalisme. » Il propose l'organisation d'une conférence mondiale sous l'égide de l'ONU pour « désarmer et réguler l'IA » et instaurer des autorisations de mise sur le marché.
Au niveau national, La France Insoumise préconise la création d'un réseau de data centers publics interconnectés formant un cloud public national, l'hébergement exclusif des données de santé et d'éducation sur des infrastructures publiques françaises et le développement d'une filière souveraine de microprocesseurs.
Mélenchon prône enfin la création d'un « domaine public des données » avec anonymisation obligatoire et interdit formellement la notation sociale, le suivi algorithmique des prestations sociales ou encore les interfaces addictives.
Raphaël Glucksmann (Place Publique) : souveraineté et fin de la publicité ciblée
Raphaël Glucksmann érige la souveraineté technologique en « grand combat anticapitaliste » de la gauche, refusant que la France devienne une « colonie de la Silicon Valley et du Parti communiste chinois ». Il désigne ouvertement Elon Musk, Sam Altman et Zhang Yiming comme des adversaires directs des démocraties.
Sa mesure économique phare consiste à interdire la publicité ciblée pour neutraliser le modèle économique des grandes plateformes. Il exige l'application sans concession du Digital Services Act (DSA), réclamant le bannissement de TikTok en cas d'infraction répétée et une réévaluation d'amendes pouvant atteindre 6 % du chiffre d'affaires mondial.
Il préconise enfin la création d'une Agence industrielle du numérique et de l'IA financée par une taxe GAFAM renforcée, Bpifrance et France 2030.
3. Le Rassemblement National : souveraineté et automatisation
Marine Le Pen et le Rassemblement National (RN)
Le Rassemblement National affiche une ligne axée sur la souveraineté nationale face aux blocs américain et chinois, défendant l'usage de la robotisation pour éliminer les tâches pénibles sans remplacement des salariés.
Le parti n'a toutefois pas (encore ?) publié de plan chiffré ni de document prospectif dédié.
En revanche, le RN se distingue par un usage interne de l'IA : le développement d'un assistant IA conversationnel entraîné sur ses discours, éléments de langage et votes pour aligner les prises de parole de ses cadres.
Tableau comparatif des programmes IA pour 2027
Candidat / Tendance Budget annoncé Mesure / Outil phare Impact annoncé sur la fonction publique et l'emploi Positionnement sur la régulation
(Renaissance) 200 Md€ sur 10 ans (parité public/privé) Plan « France 2040 », crédit d'impôt productivité, PAC de l'IA Formation de 20 millions de salariés d'ici 2030 Révision / Assouplissement de l'AI Act européen
(Les Républicains) 25 Md€ sur 5 ans (5 Md€/an) Assistant « Marianne », Ministère de l'IA, norme SecNumCloud -125 000 départs non remplacés, 125 000 agents redéployés Moratoire de 3 ans sur le RGPD et l'AI Act
(Horizons) Non chiffré globalement Doubler le calcul, Buy European Tech Act 100 000 ingénieurs/an, droit à la reconversion financé Souveraineté par la commande publique et l'énergie
(La France Insoumise) Non chiffré Cloud public national, data centers publics, domaine public de la donnée Protection contre le management algorithmique Conférence ONU de désarmement IA, interdiction notation sociale
(Place Publique) Non chiffré Interdiction de la publicité ciblée, agence industrielle de l'IA Encadrement des transitions par la puissance publique Application stricte du DSA, sanctions contre X (Musk) et TikTok
(Rassemblement National) Non chiffré Robotisation ciblée des tâches pénibles, chatbot politique interne Robotisation « sans remplacement des travailleurs » Souveraineté nationale anti-dépendance
Les trois grands angles morts des candidats sur le sujet de l'IA en entreprise
1. Le fossé d'acceptabilité sociale et la crainte des deepfakes
Alors que la majorité des candidats déroule un récit d'accélération et d'investissements massifs, l'opinion publique exprime une défiance de plus en plus marquée vis à vis de l'IA.
Selon les données de l'Ifop pour Le Laboratoire de la République, 54 % des Français perçoivent l'IA comme une menace, 81 % déclarent ne pas faire confiance aux informations politiques produites par une IA (Source : Ifop) et 86 % redoutent que des deepfakes ne manipulent le résultat du scrutin de 2027.
Tout projet d'intégration d'IA dans le secteur public ou privé devra affronter cette conduite du changement et cette exigence de transparence.
2. L'absence de prospective sur la redistribution et l'avenir du travail
Dans un récent essai, Bill Gates a appelé à anticiper l'impact de l'IA sur les métiers cognitifs et les profils juniors en taxant les jetons d'IA (les tokens) et les robots, et en sanctuarisant un périmètre d'activités réservé à l'humain.
Or, le débat politique français concentre ses réponses sur la puissance de calcul et la formation des ingénieurs, sans traiter de la transformation de la fiscalité du travail face à l'automatisation ni du partage des gains de productivité.
3. Faisabilité réglementaire et gouvernance des algorithmes
Plusieurs propositions sont en contradiction avec le droit européen.
La demande de moratoires de trois ans sur l'AI Act et le RGPD (Retailleau) ou d'assouplissement majeur (Attal) se heurtera au calendrier d'application de l'AI Act européen qui s'échelonne jusqu'en 2027.
Par ailleurs, aucun candidat (à l'exception partielle des clauses d'explicabilité portées par la gauche) ne précise le régime de responsabilité juridique applicable lorsqu'un assistant administratif public comme « Marianne » commettra une erreur décisionnelle au détriment d'un usager.
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Publié le 16 septembre 2026
Source originale : ZDNet France
