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Les Assises de la cybersécurité 2026 vues par Jacques-Philippe Roederer (Cisco France)

Les Assises de la cybersécurité se sont tenues à Monaco du 7 au 10 octobre 2026 dans un contexte de tensions inédites.
Découvrir le rapport mondial Relentless Defense
Les Assises de la cybersécurité 2026 vues par Jacques-Philippe Roederer (Cisco France)
Les Assises de la cybersécurité se sont tenues à Monaco du 7 au 10 octobre 2026 dans un contexte de tensions inédites.
Publié le 13/10/2026 à 17:38 | Mis à jour le 13/10/2026 à 22:31
À cette occasion, Cisco a dévoilé les conclusions de son rapport mondial Relentless Defense (8 000 professionnels interrogés dans 30 pays, dont 300 en France). Jacques-Philippe Roederer, Directeur Général de Cisco France, analyse les signaux faibles et forts du Forum monégasque et tire les leçons d’une étude qui bouscule les certitudes : l’obstacle numéro un à la cyber-résilience n'est plus technologique, mais organisationnel.
Quels signaux retenez-vous de ces Assises 2026 ?
Le discours d’ouverture de Vincent Strubel, Directeur Général de l’ANSSI, a donné le ton avec une formule sans équivoque : « Winter is coming ». Ce n’est pas du catastrophisme, c’est de la lucidité opérationnelle. Nous assistons à une convergence brutale entre tensions géopolitiques, cybercriminalité transnationale industrialisée et multiplication d'attaques hybrides de plus en plus véloces.
Mais le signal le plus fort que je retiens des échanges à Monaco avec les RSSI et les DSI, c'est le glissement salutaire de la simple conformité réglementaire vers la résilience opérationnelle pure. Les entreprises ont compris qu'empiler des briques de sécurité disparates ne garantit en rien la continuité d'activité. La question n’est plus de savoir si ou quand on sera attaqué, mais avec quelle rapidité et quelle cohésion on est capable de continuer à opérer, absorber le choc et redémarrer.
Le rapport Relentless Defense de Cisco confirme-t-il ce climat ?
Il le confirme de manière spectaculaire, chiffres français à l’appui ! 94 % des organisations françaises interrogées ont subi au moins un incident cyber majeur ayant perturbé leur activité au cours des douze derniers mois. L’incident n’est plus l’exception, c’est la routine opérationnelle.
Et un chiffre clé marque un tournant irréversible : plus d’un tiers de ces incidents (35 %) impliquait une attaque renforcée par l’intelligence artificielle. L’IA n’augmente pas seulement le volume des attaques ; elle en transforme radicalement la cinétique. Les attaquants opèrent désormais à la « vitesse machine », automatisent la découverte des failles et lancent des campagnes polymorphes et persistantes.
En face, les défenses continuent trop souvent d’évoluer à la « vitesse humaine ». Avec un score de maturité moyen de 65 sur 100, un indice que le rapport bâtit sur trois dimensions (la couverture de l’environnement, la rapidité de détection et de réponse, et les frictions internes qui ralentissent l’action), la France se situe exactement dans la moyenne mondiale : nous ne sommes pas en retard, mais nous ne sommes pas à l’abri. Plus de 9 professionnels sur 10 reconnaissent d’ailleurs ne pas être certains de pouvoir tenir le rythme face au volume exponentiel de nouvelles menaces.
La technologie suffit-elle à répondre à cet enjeu de pertinence de la sécurité ?
C’est précisément l’enseignement fondamental de notre rapport : la technologie seule est une illusion si l'organisation interne crée des points de friction. Selon l’étude The Hidden Costs of Downtime, menée par Splunk (groupe Cisco), le coût des interruptions d’activité pour le Global 2000 atteint 600 milliards de dollars par an, en hausse de 50 % en deux ans, et près d’un tiers de ces interruptions sont désormais d’origine cyber. Or, pourquoi les équipes peinent-elles à contenir ces crises ?
Pour 6 professionnels français sur 10, le frein principal n’est pas un manque d’outils, mais la friction interne : des circuits de décision trop lents, des données fragmentées et des silos entre équipes. Aujourd’hui, seules 48 % des entreprises françaises déclarent que leurs équipes Sécurité, Réseau et Informatique opèrent comme une seule et même équipe coordonnée. Pire : 36 % des experts passent plus de temps à collecter et réconcilier des données qu'à neutraliser la menace !
Notre rapport identifie une élite : 8 % d’organisations que nous appelons les « Relentless Defenders ». Leur secret ? Ce n’est pas une question de budget, mais d’alignement opérationnel. Elles font tomber les silos : 83 % de ces organisations font travailler la sécurité, le réseau et l’IT sur un socle de données et d’outils partagés en temps réel, contre à peine 37 % pour les autres. Résultat : 71 % d’entre elles réduisent concrètement leurs incidents, là où plus de la moitié du marché continue d'en subir malgré des hausses d'investissement. La convergence entre réseau, observabilité et sécurité n’est plus un débat d'architectes : c’est une condition de survie.
L’IA est une arme à double tranchant. Côté défense, elle apporte des gains d'efficacité indéniables : plus de 8 professionnels sur 10 constatent un gain d'au moins 25 % sur la vitesse de détection et de réponse aux incidents.
Mais l'adoption à l'échelle reste fragile. En France, seuls 47 % des répondants se déclarent capables de détecter et neutraliser un agent d’IA ou une identité non-humaine qui serait compromise. L’émergence de l’IA agentique change la donne : les agents IA accèdent aux bases de données, interagissent avec les APIs et exécutent des actions. Si vous ne contrôlez pas ce que fait un agent, vous créez un boulevard pour l'attaquant.
Le sujet revient donc, là encore, à la gouvernance : on ne sécurise pas ce qu’on ne voit pas. L’IA doit être traitée avec le même niveau d’exigence et de rigueur que l’industrie aéronautique applique à la sûreté des vols. Cela suppose une visibilité télémétrique complète, du modèle jusqu'au réseau qui transporte la donnée.
Qu’attendez-vous des dirigeants et Comex français ?
J'attends trois prises de conscience et décisions très concrètes :
Assainir la dette technique et moderniser les infrastructures actives : On ne peut pas bâtir une cyber-résilience moderne sur des fondations obsolètes. Trop d'organisations conservent encore des équipements réseau ou sécurité actifs arrivés en fin de support (End of Support / End of Life). N'étant plus mis à jour ni patchés, ces équipements deviennent des angles morts et les portes d'entrée privilégiées des cybercriminels. Un rapport commandé par Cisco (Update Critical, WPI Strategy) estimait d’ailleurs que près de la moitié de l’infrastructure réseau des entreprises dans le monde était obsolète ou vieillissante. Moderniser le socle d'infrastructure active n'est pas un simple sujet d'amortissement IT, c'est le tout premier acte de fermeture des failles critiques.
Faire de la cyber un sujet de continuité d'activité et de souveraineté : La cybersécurité n'est pas une ligne de coût technique confinée au sous-sol de la DSI. C'est une composante vitale du risque d'entreprise au même titre que le risque financier ou juridique. Quand un tiers des interruptions d'activité mondiales est lié à une attaque, la cyber conditionne directement la survie du business.
Casser les silos internes et pré-déléguer les décisions : Le Comex doit donner un mandat clair pour aligner NetOps, SecOps et Cloud sous une gouvernance unifiée. Lors d'une attaque qui frappe à la « vitesse machine », une équipe de crise ne peut pas attendre trois validations hiérarchiques pour isoler un segment réseau, couper un accès ou appliquer un correctif d'urgence.
Le message de Monaco était un appel à l'action lucide et déterminé : éliminer les angles morts de notre infrastructure, décloisonner nos organisations et gouverner nos fondations avant que les perturbations ne se transforment en crises.
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Publié le 13 octobre 2026
Source originale : ZDNet France
