ZDNet France
29 octobre 2026
Simon Fried, VP Communications chez Classiq : « Semi-conducteurs et quantique : quand l'un devient le moteur de l'autre »

Simon Fried, VP Communications chez Classiq, explore la convergence naissante entre quantique et semi-conducteurs, une relation à double sens où l'industrie des puces peut faire gagner en maturité industrielle les ordinateurs quantiques, qui pourraient à leur tour accélérer la conception des prochaines générations de composants.
Simon Fried, VP Communications chez Classiq : « Semi-conducteurs et quantique : quand l’un devient le moteur de l’autre »
Simon Fried, VP Communications chez Classiq, explore la convergence naissante entre quantique et semi-conducteurs, une relation à double sens où l’industrie des puces peut faire gagner en maturité industrielle les ordinateurs quantiques, qui pourraient à leur tour accélérer la conception des prochaines générations de composants.
PAR SIMON FRIED, VP COMMUNICATIONS CHEZ CLASSIQ
Le débat sur le quantique reste largement dominé par la performance des machines : nombre de qubits, fidélité, correction d'erreurs ou capacité à démontrer un avantage sur le calcul classique. Mais au-delà de ces avancées technologiques, une question essentielle se pose : comment passer de quelques machines expérimentales à une véritable industrie, capable de produire à grande échelle ?
L'histoire des technologies montre qu'une innovation ne s'impose durablement que lorsqu'elle peut être fabriquée de manière fiable, répétable et économiquement viable. Or ce passage du laboratoire à l'usine est précisément ce que l'industrie des semi-conducteurs maîtrise depuis des décennies. Ses procédés, ses infrastructures et ses savoir-faire pourraient donc jouer un rôle essentiel dans le développement du quantique.
Cette convergence ne fonctionne toutefois pas dans un seul sens ; alors que le quantique cherche à s'appuyer sur l'industrie des puces pour gagner en maturité, les fabricants de semi-conducteurs font eux-mêmes face à des problèmes de conception, de matériaux et d'optimisation toujours plus complexes. Chacun pourrait ainsi apporter à l'autre ce qui lui manque pour franchir sa prochaine étape.
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Du laboratoire à l'usine, le vrai test du quantique
Pendant longtemps, la priorité était de démontrer qu'un ordinateur quantique pouvait fonctionner. Désormais, il faut aussi pouvoir reproduire ses performances, maîtriser les rendements de fabrication, sécuriser les approvisionnements et réduire progressivement les coûts.
Certaines architectures quantiques empruntent déjà les procédés développés pour les puces traditionnelles. imec et Diraq travaillent ainsi à la fabrication de qubits sur des infrastructures issues des semi-conducteurs. En France, STMicroelectronics et Quobly développent également des processeurs quantiques à partir d'une technologie maîtrisée industriellement, avec un premier processeur commercial visé pour 2027.
Ces initiatives montrent que le quantique peut bénéficier d'un écosystème déjà structuré. Fonderies, équipementiers, spécialistes des matériaux, du packaging ou de l'électronique disposent d'une partie des compétences nécessaires à sa fabrication.
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Quand le quantique devient un outil pour la puce
L'industrie des semi-conducteurs repose sur une course permanente à la performance et à la réduction de la taille des composants, mais chaque nouvelle génération devient plus difficile et plus coûteuse à développer. Avant même qu'une puce entre en production, les industriels doivent simuler de nouveaux matériaux, tester des architectures et anticiper des phénomènes physiques de plus en plus complexes. À mesure que la précision augmente, certaines étapes de recherche et de conception deviennent particulièrement exigeantes en calcul, en temps et en capital.
C'est sur ces difficultés que le quantique pourrait progressivement apporter de nouvelles solutions. Ses premières applications ne prendront probablement pas la forme d'une transformation complète des usines, mais d'améliorations précises dans la conception ; mieux comprendre un matériau, explorer davantage de configurations ou accélérer certaines simulations. Dans une industrie où le développement d'une nouvelle génération de procédés mobilise des investissements considérables, ces gains peuvent déjà avoir une valeur économique importante. L'intérêt du quantique se mesurera alors moins à sa capacité à remplacer les technologies existantes qu'à sa capacité à résoudre certains problèmes mieux ou plus rapidement.
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Le logiciel, chaînon manquant entre les deux industries
Cette valeur ne pourra toutefois apparaître que si la complexité du calcul quantique disparaît derrière le problème industriel. Un ingénieur ne cherche pas à « utiliser des qubits », mais il cherche à améliorer un rendement, optimiser un matériau, réduire un défaut ou accélérer un développement.
Le logiciel devient donc le point de passage entre la technologie et son usage. Il doit permettre de traduire un problème industriel en calcul, de mobiliser les ressources adaptées et de restituer un résultat directement exploitable par les équipes d'ingénierie.
Le quantique pourrait ainsi s'intégrer progressivement aux infrastructures de calcul existantes comme une ressource supplémentaire, utilisée lorsqu'elle devient pertinente. Sa valeur dépendra moins de sa capacité à fonctionner de manière isolée que de la facilité avec laquelle il pourra s'insérer dans les outils et les processus déjà utilisés par les entreprises.
Un ordinateur quantique a fonctionné en orbite pour la première fois
Le rapprochement entre quantique et semi-conducteurs ne repose donc pas seulement sur leur proximité technologique, il crée une relation industrielle dans laquelle les compétences développées par l'un peuvent accélérer les progrès de l'autre.
La puce aide à fabriquer le quantique ; le quantique peut aider à fabriquer de meilleures puces. À mesure que cette relation se renforce, la frontière entre les deux secteurs pourrait compter moins que les nouveaux usages et les gains industriels qu'ils seront capables de faire émerger ensemble.
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Publié le 29 octobre 2026
Source originale : ZDNet France
