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Le coût du SaaS explose! Bon et alors, on fait quoi ?

D'après une enquête publiée en mai, conduite auprès de DSI français, le coût du SaaS augmente trois fois plus vite que l'inflation. De plus, c'est une hausse invisible, si on se contente de ne regarder que la ligne "prix"...
Le coût du SaaS explose! Bon et alors, on fait quoi ?
D'après une enquête publiée en mai, conduite auprès de DSI français, le coût du SaaS augmente trois fois plus vite que l'inflation. De plus, c'est une hausse invisible, si on se contente de ne regarder que la ligne "prix"...
Publié le 31/10/2026 à 19:04 | Mis à jour le 01/11/2026 à 09:26
Ce billet est le dernier volet de la série sur la grande recomposition de l'industrie du logiciel et le changement de modèle économique du SI. Dans un billet précédent, GreenSI avait estimé un loyer du SaaS qui augmente deux fois plus vite que les prix. C'était prudent. D'après une enquête publiée en mai, conduite auprès de DSI français, c'est même trois fois. Mais c'est une hausse invisible, si on se contente de ne regarder que la ligne "prix"...
Le 1er juillet 2026, sans appel d'offres ni renégociation, l'abonnement Microsoft 365 E3 est passé de 32 à 39 dollars par utilisateur et par mois. Soit +22 % en une ligne de grille tarifaire. Office 365 E3 a pris 24%, la licence des salariés de terrain F1 50%.
Motif officiel ? De "nouvelles capacités d'IA, de sécurité et de gestion des terminaux". La hausse annuelle du loyer logiciel est devenue un rite, souvent contractuel. Mais contrairement aux prix qui sont indexés par l'inflation ou par des indices publiques vérifiables, la hausse du SaaS ne repose que sur la vision de l'éditeur, seul à décider.
Le Cigref et le cabinet Asterès l'ont mesurée ce printemps (étude) : les DSI interrogés déclarent une hausse de 8,7 % par an du coût de leurs services de cloud et de logiciels sur les trois dernières années, contre 5,8 % dans une enquête comparable d'Asterès en 2022. Ils anticipent 12 % par an pour les cinq prochaines années.
Selon l'Insee, l'inflation a été de 4,9 % en 2023, 2,0 % en 2024 et 0,9 % en 2025, soit 2,6 % par an en moyenne. En trois ans, les prix ont augmenté de 8 %, le loyer du logiciel de 28 %. Trois fois plus vite !
Parce que le client est captif et qu'il a pu payer, validant le modèle de l'éditeur !
Un loyer ne devient un problème que lorsqu'il prend une part croissante du revenu. Dans l'immobilier un bailleur exige des revenus égaux à trois fois le loyer. Une banque plafonne le taux d'effort d'un emprunteur à 35 %, selon la règle fixée par le Haut Conseil de stabilité financière. Au-delà, le ménage ne sera plus solvable.
A quel moment une DSI ne sera plus solvable ?
Car son engagement SaaS récurrent dépassera ses capacités financières.
Selon la même étude, le cloud et le logiciel absorbent déjà 28 % du budget numérique, et en absorberont 42 % en 2030 au rythme actuel. Les cinq premiers fournisseurs captent à eux seuls 53 % de cette enveloppe, Microsoft étant cité par presque tous les répondants.
Est-ce que les budgets des DSI vont pouvoir augmenter avec la même pente ? Non, bien sûr.
47 % compensent en réduisant d'autres dépenses numériques
les prestations des ESN sont coupées en premier (57 % des cas). La chute des cours de Bourse des ESN n'est que le reflet de cette tendance (voir L'ESN devant la mort du jour-homme, le rebond par la valeur).
Le loyer ne fait donc pas qu'augmenter : il évince les projets propres à l'entreprise au profit de l'existant loué chez l'éditeur. Les modèles économique de la DSI sont en train de changer fortement. Le budget 2027 ne pourra pas être le budget 2026 actualisé de l'inflation.
Mais la hausse de la grille tarifaire n'est que la partie visible. Interrogés sur les pratiques subies depuis trois ans, les DSI citent :
et la révision des unités de facturation (21 %).
Aucune de ces hausses n'apparaît comme telle sur une facture.
C'est la "shrinkflation" du logiciel, pour reprendre ce mot qui a été inventé pour le paquet de biscuits qui rétrécit sans changer de prix, et faire croire qu'il n'y a pas d'inflation.
Il y a plusieurs façons dans le logiciel de jouer avec la taille du paquet de biscuits :
L'offre groupée est un classique. Par exemple Salesforce a relevé de 6 % ses éditions Enterprise et Unlimited en août 2025, et logé ses fonctions d'IA dans des modules complémentaires. Pour que ça marche, on ne peut plus acheter à l'unité, et donc on paye donc plus cher des modules inutiles.
L'unité qui change. Depuis juin, Microsoft GitHub décompte la consommation de Copilot en crédits, au tarif de l'API, sans toucher au prix des licences. Même prix affiché, mais moins d'usage compris pour les gros utilisateurs, selon les développeurs eux-mêmes.
La fin d'un modèle tarifaire, pourtant budgétée depuis des années. Après le rachat de VMware par Broadcom et la fin des licences perpétuelles, les fournisseurs cloud européens réunis au sein du CISPE ont chiffré la hausse de leurs licences entre 800 et 1 500 %.
Après on s'en doutait, vu que le rachat de VMware par Broadcom ($69 milliards en 2023), n'avait aucune logique d'offre. C'était uniquement une stratégie d'optimisation des revenus (fin des licences perpétuelles, augmentation des tarifs, recentrage sur les clients grands comptes, suppression des revendeurs, réduction du catalogue et migrations forcées, ...). C'est l'exploitation d'une position dominante.
La position dominante n'est pas réservée aux Américains. Ce n'est donc une question identique à celle de la souveraineté.
Par exemple, Silae, leader français de la paie pour les cabinets comptables, a annoncé à l'automne 2024 des hausses allant jusqu'à 300 %, avant de promettre des ajustements face à la fronde de ses clients. Et il y en a d'autres.
Derrière ces histoires c'est la viabilité du modèle SaaS qui est en jeu.
Le choix de basculer des applications en SaaS en 2027 pourrait devenir un risque sur la durée de vie du projet et pourquoi pas, une erreur stratégique.
Mais le plus habile des mécanismes de hausse du moment, c'est l'IA comme alibi tarifaire.
Microsoft justifie sa hausse notamment par Copilot Chat, intégré aux applications. Google a relevé ses formules Workspace d'environ 2 dollars par utilisateur en janvier 2025, en y intégrant Gemini. Salesforce invoque "l'innovation continue et la valeur apportée aux clients"... appréciée par lui même !
L'IA est livrée d'office et facturée, qu'on s'en serve ou non.
Or seuls 23 % des DSI de l'étude constatent un gain de productivité immédiat, et 25 % observent des effets négatifs ou redondants.
En plus, dans un précédent billet, GreenSI expliquait que le token n'est plus un angle mort, c'est un compteur qu'il faut maintenant intégrer et qui pourra faire monter plus haut le coût des logiciels qui l'intègrent.
L'indice de dépendance pour objectiver le "lock-in"
Sur 400 milliards d'euros dépensés chaque année en Europe en cloud et en logiciels, 330 milliards (83 %), vont à des entreprises américaines, selon le Cigref et Asterès. Quand l'offre est concentrée et que la sortie coûte cher, le prix ne suit plus l'inflation : il suit ce que le client peut supporter !
On estime ce surcoût à 140 Milliards€ pour l'Europe entre 2026 et 2030, dont 93 milliards qui quittent définitivement l'économie européenne. Bien sûr le commanditaire de l'étude, le Cigref, représente les acheteurs (l'enquête repose sur 54 DSI qui ont ouvert leurs coûts SI) ce qui peut amener un biais dans ces chiffres. Mais le sens de la mesure ne fait guère de doute quand Microsoft, Salesforce et Google publient eux-mêmes leurs nouvelles grilles avec des prix en hausse.
En tout cas, pour GreenSI, ce contexte favorise deux choses :
de nouveaux entrants qui réajustent les prix et le modèle, comme l'arrivée des forfaits dans le mobile quand les données de consommation explosaient. Dans le domaine public on voit apparaitre des modèles de coopérative autour de solutions open source,. Par exemple l'Adulllact (Association des développeurs et utilisateurs de logiciels libres pour les administrations et les collectivités territoriales) fédère depuis plus de 20 ans les acteurs publics qui utilisent le libre et bénéficient de sa mutualisation.
une reprise en main du développement par la DSI, c'était le premier billet de la série : Quand le SaaS devient trop cher pour être irremplaçable.
Où diriger ses radars pour limiter son risque ?
L'entreprise utilisatrice n'est pas sans armes, à condition de les sortir avant le renouvellement, pas après:
C'est la part du budget numérique consacrée aux abonnements. C'est un indicateur simple, que tout comité de direction comprend. Fixez lui un seuil d'alerte, comme les 35 % des banques, et présentez le chaque année avec le budget. Cela aura le mérite de soulever des questions
Mesurer le prix à l'unité d'usage, pas le prix catalogue.
Le coût par utilisateur actif, par transaction ou par dossier traité révèle ce que la grille cache, cette inflation invisible : licences dormantes, IA payée et inutilisée, crédits qui fondent ...
Tenir un calendrier des renouvellements à dix-huit mois.
C'est l'arme des éditeurs, adoptez la ! Les modules d'IA se négocient au renouvellement principal, pas en cours de contrat. Une clause d'indexation adossée à un indice public plafonne mieux les hausses futures qu'une remise ponctuelle.
Une réversibilité testée vaut plus qu'une remise. Le Data Act y aide : à partir du 12 janvier 2027, les fournisseurs cloud ne pourront plus facturer de frais de changement de fournisseur. Les frais disparaissent, le verrouillage technique demeure : à l'architecture d'éviter le socle unique.
Quand le loyer dépasse la valeur et que l'IA fait chuter le coût de construction, l'équation du make or buy s'inverse, comme GreenSI l'a montré au début de cette série. Les DSI devraient se réinventer sur des compétences techniques et pour cela elle peuvent même recruter des agents IA !
Négocier à plusieurs, notamment dans le service public où les besoins sont similaires.
Un locataire de SaaS isolé subit, une "association de locataires de SaaS" négocie. Le Cigref, l'USF face à SAP ou le CISPE face à Broadcom pèsent plus que n'importe quel acheteur seul.
Rien de tout cela n'exige une nouvelle instance.
Ce billet était le dernier d'une série de quatre pour vous convaincre que le modèle économique du SI avait changé. Il va donc falloir repenser la stratégie économique du SI et pas uniquement sa stratégie fonctionnelle ou technique.
Nos habitudes, comme souscrire à des SaaS, deviennent des stratégies à requestionner. Dans le même temps pourquoi ne pas réinternaliser le développement, et s'appuyer sur les ESN, non pas pour développer (l'IA le fera aussi bien qu'elles) mais pour gérer nos "tokens" et ce nouveau modèle économique du SI devenu trop dynamique pour être juste budgété annuellement.
Des années de changements radicaux sont certainement à l'horizon.
Le token est devenu le compteur des coûts SI
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Publié le 31 octobre 2026
Source originale : ZDNet France
